“La vie se divise en trois périodes: ce qui a été, ce qui est et ce qui sera. De ces trois celle que nous traversons est courte, celle que nous allons vivre est douteuse, celle que nous avons vécu est certaine. Car c'est celle sur laquelle la fortune a perdu ses droits, qui ne peut retomber au pouvoir de personne. C'est ce qui échappe aux gens absorbés, car ils n'ont point le loisir de jeter les yeux sur le passé, et l'auraient-ils que le souvenir de ce qui doit leur inspirer des regrets leur serait désagréable. Aussi est ce de mauvais gré qu'ils se remémorent le temps mal employé, et ils n'osent repasser dans leur esprit ces moments où leurs vices (eussent-ils été, alors, parés de l'attrait du plaisir) leur deviennent évidents quand ils font un retour sur eux mêmes. Personne- hormis l'homme qui soumet tous ses actes à sa censure, qui jamais ne se trompe- ne se retourne volontiers sur son passé. Celui dont les convoitises ont été nombreuses et présomptueuses, les dédains orgueilleux, les triomphes immodérés, les ruses perfides, qui s'est rendu coupables de gains malhonnêtes et de folles prodigalités, a peur, inévitablement, de ses propres souvenirs.... C'est le fait d'un esprit assuré et tranquille que de flâner parmi toutes les périodes de son existence.”